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1er février 2020
Alain Lipietz

Municipales à Villejuif : bilan d’étape (1)

Fin janvier, à Villejuif, les écologistes sont rassemblés, la droite aussi, la gauche traditionnelle en miettes. Des associatifs hésitent, au centre aussi.

En juin 2019, des écologistes de EELV, des militantes associatives, et des syndicalistes, décident de proposer une liste citoyenne, appelant toutes les forces progressistes et humanistes à la soutenir et y participer. Pas une alliance de partis avec des citoyens dedans, mais une liste citoyenne soutenue par les partis politiques.

Comme le candidat du PCF avait affirmé dès le mois de mars ne pas vouloir faire l’union avec « les écologistes de Villejuif », nous nous adressons en particulier à : Génération.s , le PS, La France Insoumise. Même si nous aimons bien et respectons les militantes de LaREM à Villejuif, nous excluons en revanche de faire liste commune avec ce parti, tant sa politique nationale s’oppose aux intérêts des travailleurs et des municipalités.

Malgré de très nombreuses discussions entamées dès le mois de juin, il faut constater pour le moment un relatif échec du rassemblement à gauche : si tous les partis écologistes soutiennent la liste citoyenne Villejuif-Écologie, aucun des partis de la gauche traditionnelle n’a accepté d’y participer, et ils partent tous les uns contre les autres.

Les écologistes rassemblés

Au fil des semaines, tous les écologistes présents à Villejuif se sont rassemblés dans le soutien à Villejuif-Écologie : EELV (qui avait obtenu 17% à Villejuif avec Y. Jadot), Génération-Écologie (Delphine Batho), Urgence Écologie, qui s’est également présenté aux Européennes avec Dominique Bourg et le MEI de A. Waechter, l’UDE... Une représentante du Parti animaliste est sur la liste. Au total, les candidats de ces partis écologistes ont obtenu 21 % en mai dernier, ce qui en fait le courant politique principal de Villejuif.

Le cas des associations citoyennes est plus compliqué. L’Avenir à Villejuif, qui était déjà une liste citoyenne en 2014, soutient Villejuif-Écologie. Plusieurs personnes représentantes d’associations importantes de Villejuif (dans les domaines de la transition alimentaire et de l’agriculture urbaine, du soutien aux femmes de l’immigration, de la lutte contre les violences faites aux femmes, de la protection des animaux, etc. et des syndicalistes de toutes tendances) sont dans Villejuif-Écologie, mais elles ne sauraient en aucun cas y engager leur association et leur syndicat !

Par contre, La Relève citoyenne, qui coordonne dans toute la France des listes citoyennes adoptant une charte écologiste, soutient également Villejuif-Écologie.

Deux associations citoyennes de Villejuif n’ont pas (encore ?) souhaité participer à la liste Villejuif-Écologie.

D’une part, Villejuif Objectif 2020, avec qui nous échangeons fraternellement depuis plusieurs mois. Ce collectif est très représentatif des quartiers populaires de Villejuif, avec des personnes qui y sont nées, qui à ce titre gardent des « cicatrices » des pratiques du PCF pendant des décennies. Nous avons repris leurs demandes programmatiques, leur avons réservé la seconde place sur notre liste et avons accepté leurs demandes sur le futur organigramme de la municipalité. Cependant ils souhaitent se présenter seuls, ce que nous regrettons, même si nous apprécions la volonté d’une représentation propre des quartiers populaires.

D’autre part, le collectif Villejuif-Debout rassemble plusieurs anciens adjoints ou sympathisants de l’équipe de Mme Cordillot, manifestement sur la base d’une réflexion critique sur ce qui a entrainé le peuple de Villejuif à rejeter massivement la liste PCF-PS en 2014. Ils ont publié un manifeste très intéressant. Nous sommes allés à une réunion de présentation, dont nous avons rendu compte ici. Lundi 27 janvier, Villejuif Debout invitait deux personnes par liste progressiste à une tentative d’union : nous en parlons plus loin.

Fin décembre, après trois mois d’enquête dans la population, et une présentation des axes du programme ainsi définis, Villejuif-Écologie désigne officiellement pour tête de liste Natalie Gandais, seule à satisfaire la « fiche de poste » définie quelques mois plus tôt pour le poste de future maire. Natalie Gandais a présenté ses vœux en centre-ville puis aux salariés de la Ville.

La droite et le centre

Le maire sortant F. Le Bohellec, quoiqu’il ait perdu la majorité dans son conseil municipal dès le mois de septembre et ne peut plus légalement y prendre de décision, a lui aussi rassemblé son camp, la droite LR (il se réclame lui-même de la tendance Pécresse) et l’UDI. Mais malgré une année d’efforts il n’a pu obtenir le soutien de La République en Marche, tant sa gestion est perçue comme sulfureuse à l’extérieur.

LaREM présentera donc sa propre liste sous la conduite de Léonor Brucker. Nous connaissons Léonor et certaines de ses colistières, et nous avons avec elles des rapports amicaux. LaREM de Villejuif n’a pas le même électorat que LaREM départementale aux européennes : ici c’est un électorat qui se situe entre le PS et Villejuif-Écologie, dans le département c’est en moyenne un électorat de droite. Léonor Brucker certifie qu’elle refusera de se regrouper au second tour avec Le Bohellec, d’ailleurs elle a déposé avec Natalie Gandais un recours contre la massive campagne d’affiche de F. Le Bohellec aux frais de la Ville…

Le Modem, allié nationalement à LaREM, soutient Léonor Brucker, mais plusieurs élus Modem restent avec F. Le Bohellec. Inversement, les élus de la propre liste de premier tour (2014) qui l’ont mis en minorité au conseil municipal envisagent de rejoindre la liste de Léonor Brucker.

F. Le Bohellec, qui a rompu depuis longtemps les amarres avec la probité et même la simple légalité, mène une campagne « à l’américaine » en utilisant largement les fonds de la Ville. Un signalement a été fait à ce sujet à Mme la Procureure de la République et un recours au Tribunal administratif. Léonor Brucker a accepté de s’y joindre, mais pas les listes de gauche dont nous parlons maintenant.

La gauche traditionnelle

Les héritiers de la Gauche du XXe siècle sont pour le moment sur… 3 listes. Il y a le PS, LFI, et le PCF, qui a réussi à rallier Génération.s (scission « hamoniste » du PS), . Tous ces partis étaient ensemble au premier tour de 2014 derrière Mme Cordillot, et ont pris comme un coup sur la tête les 32 % que les Villejuifois leur ont accordés. Mais au lieu de tirer un bilan autocritique de la perte de cette ville, qui était et reste « de gauche et écologiste", comme l’ont montré les élections départementales de 2015, ils ont préféré dire que « c’était la faute aux écologistes » qui s’étaient joints aux 3 autres listes d’opposition dans l’Union citoyenne. Sans même réfléchir que l’alliance avec les écologistes (qu’ils ont toujours refusée, en 2014 comme en 2008…) n’aurait pu leur apporter, au mieux, que les 10,5% qu’avaient obtenu L’Avenir à Villejuif, soit 43% au total.

Contre toute solution tactique, ils avaient offert la ville à Le Bohellec. Et comme l’a résumé un leader de LFI (alors Parti de Gauche) : « Au soir du premier tour, on s’est aperçu qu’on n’avait pas de réserve ». D’ailleurs Mme Cordillot n’a même pas téléphoné à L’Avenir à Villejuif. Le PCF, depuis 1988, n’a cherché qu’une fois à négocier le second tour avec les écologistes : en 1993 pour obtenir le soutien à G. Marchais au second tour des législatives (qu’il a eu, automatiquement, comme le socialiste Le Bouillonnec l’a eu par la suite).

Ce refus d’un examen lucide de ce qui s’est passé (contrairement à L’Avenir à Villejuif, qui a tiré dès 2016 le bilan public, critique et auto-critique, de sa brève expérience de l’Union citoyenne) est en train de pourrir la gauche historique villejuifoise. La perte de sa capacité d’écoute de la population (qui est « déçue de Le Bohellec mais ne veut pas le retour des autres », comme nous l’avons constaté lors de notre enquête du trimestre dernier), le sabotage de la candidature de LFI par le PCF aux législatives de 2017, entretient une rancœur réciproque entre ces partis. Rancœur qui, on l’a vu avec l’apparition de Villejuif-Debout, déchire même le PCF. Tous reconnaissent entre 4-zyeux, que « ça n’allait plus à Villejuif en 2013 » et que c’est la faute de « Mme Cordillot », (qui pourtant n’avait pas tous les torts) : pas assez ceci, pas cela…

Alors pourquoi ne pas rejoindre Villejuif-Écologie, puisque, comme tout le monde y compris Le Bohellec, ils se disent écologistes aujourd’hui ?

Nous l’avons longuement proposé au PS et à LFI, avec de nombreuses réunions. Mais ils ne veulent pas non plus ! Et malgré notre répugnance à "parler poste" alors que le processus d’élaboration citoyenne du programme n’était pas achevée, nous leur avons suggéré de prendre pour base le résultat des élections de mai dernier, afin que la liste reflète au mieux la diversité des électorats.

Un des arguments de leur refus est « Natalie Gandais et EÉLV ont participé à la victoire de Le Bohellec », sans vouloir comprendre que la liste Cordillot PCF-PS-Parti de Gauche-MRC-etc… était le principal artisan de sa défaite, et qu’il n’est pas très intelligent de stigmatiser ainsi la majorité des « vieux habitants » de Villejuif, qui ont fait le même choix que Natalie Gandais en 2014, et les « nouveaux habitants », qui n’ont pas envie d’avoir à payer l’imbroglio d’il y a six ans, dont ils se fichent éperdument.

L’autre argument du Parti socialiste est que, de toute façon, c’est à eux et à celui qu’ils ont choisi (A. Weber) qu’il appartient naturellement d’occuper le poste de maire : « Le vote de mai dernier, aux européennes, disent-ils, n’est pas représentatif. Les écologistes ne pèsent pas ça à Villejuif, on a fait des calculs désaisonnalisés par ordinateur etc ». C’est possible (nous n’avons pas pu obtenir ces calculs), on verra bien ! Mais il semble que les sondages dans pas mal de grandes villes indiquent au contraire une poussée verte… En tout cas, la « tradition républicaine » du 94 était de se regrouper derrière le candidat progressiste arrivé en tête, mais ça c’était avant. Cette obstination à considérer que le PS est toujours le parti hégémonique est stigmatisée même par leur secrétaire national (voir les Commentaires).

Troisième argument du PS : "On a des ordres du National pour aller avec le PCF , mais on préfère partir tout seul". Possible, mais à vérifier.

Nos hypothèses : ils sont effectivement divisés, dans chaque parti, sur le bilan de 2014, certains considérant que le PCF devait lâcher son emprise sur la ville, mais que les Verts avaient eu raison trop tôt. Plutôt que de régler ce débat en leur sein, ils se présentent tous pour ne pas avoir à trancher entre les écologistes et le PCF avant le second tour. De plus, le PS et LFI pensent en effet que les électeurs villejuifois ne leur ont pas donné en mai dernier la place qu’ils méritaient, pour des raisons liées à l’Europe, mais que sur un vote municipal ils pèsent plus : alors ils tentent leur chance… au détriment des Villejuifois, catastrophés par ces « querelles d’égos »... qui sont en fait un refus de prendre en compte le poids des différents électorats.

Quant au PCF, très dur contre les écologistes jusqu’à l’été, il a un peu changé de ton, du moins au niveau du candidat P. Garzon. Dans une réunion unitaire en novembre, regardant Natalie Gandais dans les yeux, il a déclaré « Nous n’avons aucune exclusive, contre aucun parti et aucune personne ». Un peu tard : il était déjà parti en campagne… Et ses militants n’ont pas été prévenus.

La « réunion de la dernière chance »

Lundi 27 janvier, Villejuif-Debout invite 2 personnes de chacune des listes progressistes à une réunion de la dernière chance, pour tenter encore de faire l’unité. Villejuif-Écologie a choisi d’envoyer sa tête de liste, Natalie Gandais et une « nouvelle habitante », Fabienne Schouler, militante féministe et syndicaliste, qui avait participé à une liste citoyenne en Seine-Saint-Denis en 2014.

Le PCF ne s’est même pas dérangé, ce qui confirme l’hostilité réciproque entre ces deux anciens morceaux du PCF, mais surtout que dès le mois de mars dernier le PCF avait choisi de présenter Garzon pour « reconquérir Villejuif », et que les autres n’avaient qu’à se regrouper derrière « comme d’habitude ».

PS, LFI et Villejuif Objectif 2020 sont là. Chacun répète ses positions, y compris l’ostracisme du PS contre EELV. Natalie Gandais exprime son accord, à quelque détails près qu’elle explique, avec les objectifs démocratiques de Villejuif-Debout, et sa disposition à accueillir sur sa liste le soutien des partis de gauche, sans exclusive, et leur faire place proportionnellement au poids de leur électorat mesuré aux élections de mai dernier.

A la fin de la réunion, c’est à elle que Villejuif-Debout pose la question du second tour. Natalie Gandas répond que si les électeurs accordent à l’écologie la responsabilité de conduire la liste de second tour, elle accueillera sur sa liste les opposants de gauche à F. Le Bohellec, sans exclusive, à la proportionnelle du premier tour, selon la règle d’Hondt. « Donc le pluralisme sera respecté » conclut avec satisfaction Villejuif-Debout.

C’est vrai, mais nous aurions préféré que les écologistes et les gauches bénéficient d’une dynamique dès le premier tour… Les portes de Villejuif Écologie restent toujours ouvertes, disons jusqu’à la mi-février.

Reste la question de LaREM. Nous avons des sympathies personnelles pour ses animatrices villejuifoises, dont nous savons qu’elles ne sont pas de droite (même la députée Albane Gaillot a pris ses distances avec ce parti). Mais nous avons été clairs dès juin de l’an dernier et, comme Natalie Gandais l’a encore exprimé dans ses vœux, pas question de faire alliance avec ce parti qui au niveau national n’a rien d’écologiste (départ de Hulot), brise la démocratie communale (« pacte » de Cahors) et agresse les principaux pôles d’emploi de Villejuif (les services publics, dont les 3 hôpitaux), et tout le salariat avec sa « réforme » des retraites.

Dans nos discussions avec LaREM à Villejuif , notre objectif était d’obtenir qu’ils n’investissent pas Le Bohellec, puis s’engagent à ne pas le rallier au second tour. Ils/elles sont d’accord : elles sont en confrontation permanente avec lui sur les écoles communales, écœurées par l’usage massif des fonds de la ville pour sa campagne électorale. Reste à savoir ce que décidera leur direction nationale...

Prochain article : la comparaison des programmes.

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Commentaires

2 Messages

  • Alain Lipietz 3 février
    17:01

    Depuis la rédaction de cet article , encore une liste à gauche, Lutte Ouvrière !
    LO a fait partie de la majorité Cordillot dans le mandat s’achevant en 2008, ça n’a pas dû bien se passer, car ils n’ont pas recommencé l’expérience en 2008-2014.

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  • Alain Lipietz 3 février
    17:46

    Autre lecture du Week-end : un article de Libération, https://www.liberation.fr/france/2020/01/31/parti-socialiste-la-vie-apres-l-hegemonie_1776548
    Olivier Faure avoue sa difficulté à faire comprendre à ses camarades que le PS n’a plus "naturellement" vocation à diriger leurs alliés. Et il est évident qu’il est plus difficile de faire voter pour une tête de liste PS 21% de Villejuifois(e)s qui viennent de voter écologiste, que de faire voter pour une tête de liste verte 6,5% de villejuifois(e)s qui viennent de voter socialiste.
    Les Insoumis de Villejuif n’ont pas cette culture hégémoniste, mais tous n’ont pas non plus accepté la suggestion de F. Ruffin d’un front populaire écologiste... alors même que souvent ils/elles étaient d’accord sur le caractère anti-écologiste de la pratique du PCF avant 2014.

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